Depuis l'Antiquité, l'homme se sert de l'animal pour étendre ses connaissances médicales. De grands progrès lui sont dus. Mais, à l'heure où des solutions alternatives épargnent les animaux, pourquoi la recherche sacrifiet-elle encore des millions de bêtes chaque année?
Vous êtes certainement nombreuses à apprécier acheter ou recevoir en cadeau un rouge à lèvres, mais rares sont celles qui savent que ce bel objet a d'abord été testé sur des anus de lapins...
L'homme étant un animal particulier, mais un animal tout de même, il estime en effet depuis l'Antiquité qu'il est naturel pour les animaux de servir sa sécurité et sa soif de connaissances. C'est ainssi que, pour savoir si un produit sera toxique pour nous, on l'essai d'abord sur un animal puis l'on constate le résultat. Pour soigner nos maladies, on les inocules à nos cousins les plus proches, avant de tester sur eux divers remèdes. Observer le modèle animal pour prévoir les réactions de l'homme: la médecine humaine tout entière repose sur cette logique.
Rien que pour l'année 2005, 12 millions d'animaux ont été "consommés" par la recherche, selon un rapport de l'Union européenne. Parmi eux, des chiens beagle pour trouver des vaccinsdes lapins pour tester des crèmes solaires, des rats et des souris pour permettre à des médicaments d'obtenir le fameux sésame AMM (Autorisation de mise sur le marché)... A elleseule, la France sacrifie près de 2.5 millions d'animaux. Les rongeurs représentent 73 % d'entre eux, suivi de très loin par les animaux à sang froid (15 %), les oiseaux (5.4 %) et les lapins (2.6 %). D'après ce rapport, les primates sont très peu utilisés (0.09 %). Au-delà du service rendu à l'humanité, l'expérimentation animal fait donc vivre un secteur économique très rentable. Au niveau mondial, dix laboratoires pharmaceutiques réalisent 55 % du chiffre d'affaires d'un marché qui, d'ici quinze ans, pèsera 1 300 milliards de dollars. Ces dix là sont les plus gros consommateurs d'animaux (environ 60 %). Les études sur la toxicité des produits, bien qu'importantes, ne représentent "que" 8 % de cette consommation. Le reste (environ 30 %) des animaux destinés à la science alimentent la médecine vétérinaire. C'est ainssi que la moitié des porcs et les trois quarts des chats voués à la vivisection servent à améliorer la santé de leurs congénères plus chanceux. L'expérimentation animale a évidemment ses adeptes qui assurent que, sans elle, aucune grande découverte scientifique n'aurait pu se faire. Comment le contester? Dans l'Antiquité, c'est parce que Gallien a étudié la moelle épiniére des singes magots qu'il a découvert le fonctionnement de notre système nerveux. Plus proche de nous, Claude Bernard (1813-1878), le père de la médecine expérimentale, a compris le rôle de nos principaux organes grâce à ses expériences sur les grenouilles. Enfin, c'est bien parce que Louis Pasteur a essayé sur un chien son vaccin contre la rage qu'il en a démontré les effets.
Mais nous sommes au XXIéme siècle et nos chercheurs sont désormais capables de prélever et de cultiver à volonté des cellules humaines pour tester directement sur l'homme des molécules ou des produits. Des avancées scientifiques qui permettent de sortir du modèle animal, dont l'efficacité n'est pas toujours garantie. Chaque année, en France, la Sécurité sociale comptabilise environ 150 000 hospitalisations à cause d'effets secondaires liés à des médicaments. L'HESI, un organisme international chargé d'évaluer l'efficacité des tests, juge que 25 à 30 % des effets secondaires apparus chez l'homme ne sont pas détectés chez les animaux. En 2006, l'un de ces tests a d'ailleurs mis très mal à l'aise les adeptes de la vivisection. Au Northwick Parck Hospital de Londres, huit volontaires ont reçu par injection un produit nommé TGN1412. Testé sur des souris, le médicament s'était révélé efficace pour lutter contre la sclérose en plaques ou des formes de leucémie. Pourtant, immédiatement après l'injection, six des volontaires se tordaient de douleur. Ils ont frôlé la mort, victimes d'une défaillance multiviscérale. Les seuls qui n'ont rien eu sont ceux qui avaient reçu un placebo, une substance qui ne contient aucun principe actif. Les exemples aussi tragiques que celui-ci sont hélas nombreux. Chez nous, l'anti-inflammatoire Vioxx, du laboratoire Merck, a défrayé la chronique médicale en 2004, lorsqu'une étude de l'Administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments (Food and Drug Administration) avait conclu que 27 785 décès et incidents cardiaques pouvaient lui être attribués entre 1999 et 2004. Le scandale avait poussé Merck à le retirer du marché. Le modèle biologique d'une espèce n'est pas transposable à une autre. Maintenant que l'on peut étudier les molécules et l'ADN humains, quel besoin ont les scientifiques d'aller disséquer un pauvre animal pour voir si, par hasard, il ne fonctionnerait pas comme nous? C'est totalement absurde, scientifiquement faux et moralement dangereux pour la santé humaine. Persister à utiliser la vivisection à notre époque, c'est un peu comme s'éclairer avec une allumette alors que l'on dispose de lampes torches.
Deux points de vue que partage de plus en plus largement l'opinion publique française. En dix ans, grâce aux actions des associations de protection animale, le nombre d'animaux sacrifiés pour la « science » a baissé de 30 %. Malgré tout, notre pays n'est pas près de se passer d'eux. Les Etats-Unis, la Belgique ou les Pays-Bas disposent déjà d'organismes pour la promotion des méthodes alternatives, et y consacrent un budget conséquent. Alors pourquoi ce refus du progrès? Le poidsde la tradition dans le milieu scientifique est aussi un frein à un plus large recours aux méthodes alternatives. Difficile en effet, pour des professeurs, d'expliquer à leurs élèves chercheurs que leur savoir repose sue des erreurs ou des approximations. Impossible, pour des étudiants, d'objecter un droit de conscience pour refuser de participer aux épreuves de dissection, sous peine de rater leurs examens. Inenvisageable enfin, pour des chercheurs, de renoncer à faire paraître leurs travaux dans des revues scientifiques... L'obscurantisme sévit même dans les cercles les plus éclairés. La situation actuelle, si elle n'était pas aussi tragique, prêterait à sourire. Les chercheurs français ont en effet si bien compris que les animaux ne leur sont plus d'aucune aide pour comprendre et soigner l'homme qu'ils les modifient génétiquement pour que leur organisme, ou la partie testée, s'approche le plus possible du nôtre. Rats et souris génétiquement modifiés servent d'alibis à la science pour répondre à une obligation légale obsolète. Car trop souvent encore, et certainement de plus en plus souvent si rien ne bouge, la recherche utilise les animaux davantage pour se conformer à la loi que par nécessité scientifique. Sans une modification de textes, il n'y aura pas de progrès possible pour la condition animale.
Mais dans ce combat, même les législateurs sont découragés. En attendant, ce sont des millions d'animaux qui sont sacrifiés chaque année pour des rouges à lèvres, démaquillants et crèmes de beauté...